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  • Sérac de merde

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    "Courrez ! Courrez bordel !". Quand ton guide te dit ça, tu t'executes, tu vomiras plus tard si tu es encore vivant.  Alors mes 3 vaillants alpinistes débutants, plein d'étoiles dans les yeux à la vue du sommet, ont courru, comme jamais. Les cordées du dessus nous ont alerté et les premiers blocs descendaient déjà plein pot, on allait se planquer bien avant qu'ils n'arrivent sur nous. Mais quand j'ai levé la tête pour la deuxième fois, toute la barrière de sérac s'est écroulée devant mes yeux, sans un bruit, dans un nuage de poudre. 

    Ce que je redoute depuis toutes ces années est en train d'arriver, on va se faire défoncer par des milliers de tonnes de glace insensibles, qui ne connaissent pas mes enfants, qui ne comprennent pas que ce n'est pas le moment, qu'on est champion du monde. Ce n'est pas juste. Personne ne craque sur ma cordée, même si ça hurle, tout le monde court le plus à droite possible, loin de l'axe et de ce monstre d'un autre monde qui fond sur nous gueule ouverte, affamé, sans pitié. Mais là, on ne peut pas aller plus loin, nous sommes au bord d'une autre barrière de sérac, le vide nous arrête...

    Un premier bloc roule à notre gauche, un éclaireur, l'infanterie va suivre. Puis un bloc gros comme une bagnole saute dans la pente, au dessus de nous. Je n'y crois pas ! Je n'arrive pas à croire que même si loin de l'axe nous allons nous en prendre plein la gueule ! Le bloc riccoche, une fois , deux fois, il roule juste là, une cordée joue au torréro et l'évite. Tu as encore perdu le taureau, tu as encore perdu...

    Puis plus rien, finit, le monstre semble avoir changé sa course, où alors il se délecte des copains qui traversaient juste sous sa couche. Antoine et Charles, tout frais moulu de la "grande école", ils sont en dessous, c'est sur. Ils sont morts. Eux et leur clients. Putain c'est pas vrai ! Je cherche des raisons de me rassurer, mais je les ai vue s'engager dans la traversé sous la barre d'immeuble quand elle s'est éffondrée. Pas moyens d'échapper à ça, je le sais, tout le monde le sait.

     Un de mes clients chialle tout ce qu'il peut, une autre finit de brailler sa peur, la troisième ne sait pas trop ce qui c'est passé. Je serre les dents et je sort ma radio, je me cale sur la fréquence des potos. Mes appels restent sans réponse. J'insiste, je change de canal, rien. Putaiiiiiin, fait chier meeeerde ! J'appelle le refuge, rien non plus, et les secours ne semblent pas m'entendre non plus. À croire que ce putain de sérac a plié les balises secours.

    Et puis j'entends la voie d'Antoine sortir de la grille en plastoque de ma radio, comme la fumé d'un petit génie, elle virevolte un instant autour de moi, distille ces pépites de vie, et j'entend de nouveau la voie du jeune barbu tenter d'avoir de nos nouvelles. Il est débout, droit dans ses Sportiva, une grenade d'adrénaline découpillée dans son système nerveux, il ne sait pas encore que personne ici n'a été touché. Charles prend le relais pour nous dire que tout va bien aussi de son côté... C'est dingue, je ne comprend pas comment c'est possible, mais c'est putain de bon de les entendre ! 

    Timming de dingue, chance de cocu, réflexes acérés des jeunes guides, des clients qui ne tombent pas, qui percutent, bonne visis, neige qui porte... bref des conditions qui ont permis que personne ne se fasse défoncer. Et merci la chance.

    Mes clients reprennent leur ésprit, les cordées voisines se parlent, une atmosphère de franche camaraderie et de bien veillance nous lie. Manquerai plus que le générique des bisounours et nous irions tous nous rouler des galoches et courir tout nu dans les champs. Mais bon, je ne me suis pas lavé les dents et le temps est à la décision. Et si le gros des séracs est partit, l'adrénaline et le contexte me disent gentiment de redescendre mater des jupes sur les terrasses des bars du coin, ce que l'on fait fissa, histoire de ne pas laisser s'échapper les bulles des binouses, et que les nuages ne fassent fuirent les jupes des terrasses...

    Et maintenant on fait quoi de tout ça ? Y aller ou pas, toujours la même question. Décision personnelle, individuelle. Une réponse qui devrait sortir des entrailles de chacun, loin des préocupations financières, loin des tabous corporatistes, des non dits des habitudes. Mais il y a les clients de "celui qui va devant". Le guide les a sur sa corde, là, tout près, leur souffle dans le dos. Ils s'en remettent entièrement à lui, veulent partager ces lumières avec leurs mouflets, leurs amours, leur voisins. "Un sérac, c'est quoi ?". Du coup, cette décision n'est pas si personnelle, elle engage bien d'autre que ma pomme, que mes envies et mes besoins. C'est bien plus qu'une croix sur mon planning.

    Un de nos anciens nous avait dit un jour, "nous ne sommes que des hommes, et nous avons le droit de faire des erreurs, mais nous n'avons pas le droit de ne pas faire notre métier". Alors pour ma part, cela faisait peut être 10 ans que je n'avais pas mis les pieds par là-bas, sous ces tours, pour cette raison, la peur. Et puis cette année, je prends des libertés avec mes convictions, je me laisse rattraper par d'autres points de vue, mon accuité faiblie, d'abord sous les séracs du petits plateau, monstrueux, puis sous le Dôme. Mais je ne veux pas jouer à la roulette russe, ce n'est pas mon tempérament. Alors c'est décidé, de bien belles courses m'attendent ailleurs, le calcaire chaud, les fissures en granite, une idée de Kalymnos, l'apéro des guides dans les refuges Italiens, les potos avec qui je vais me tirer la bourre cet automne. Je suis définitivement du côté de la vie, de celle qui donne envie d'embrasser ma belle dans le cou, de me retourner sur une jambe bronzée, un parfum qui passe, des idées qui passent avec, de me reservir une mousse en regardant mon moutard tout transpirant faire du vélo, et engloutir cette mousse pour hydrater cette idée qui vient de passer... 

    Et de tout ces petits moments qui te font rester en vie. J'emmerde les séracs.

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  • prends moi sec !

    Un déflorage grande voies en règle pour nos deux tourtereaux.

    Un week end sous le signe du plaisir, Flo qui m'a crié de la prendre bien sec pendant deux jours, tandis que Seb faisait des photos, des gros noeuds, de bonnes prises, mal au genoux pour Flo qui finalement préfère la moquette, un Seb toujours derrière, profitant de la vue et du spéctacle, actif, sensuel, précis, équilibré, qui a sut profiter de mes conseils, le bassin bien placé pour mieux pousser. Bref, un beau week end Calanques en toute simplicité, en sensation, la touffe de Romarin aigayant la narine, la mouette rieuse toujours aux aguets, et le décor qui s'imprime sur une pupille gourmande jamais rassasiée. Quel beau métier ! Merci à Flo et Seb qui viennent d'ouvrirent une porte sur un monde nouveau, un prétexte à bouger, à se reveiller dans le van, à voir la vie autrement.Img 0123Img 0133Img 0130Img 0137Img 0143Img 147Img 0151Img 0157Img 0168