Les sapins sont des cons

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On m'avait parlé de ces forêts de par là-haut, plus au nord, et j'avais bien vu quelques photos de ces épicéas arc-boutés sous la neige au milieu des alpages cossus, de ces forêts noires qui courraient le long des pentes, pour aller se perdre "parmi". Alors je suis sorti du Mélezin, j'ai laissé la lumière continuer à y jouer, pour rejoindre les sommets de la Doron. Beaufort, Arêche, le Grand Mont, les Aiguilles de Presset, et biensur la Peirra Menta, bout de talus prestement décroché des Aravis par le coup de latte magistral d'un géant contrarié. Je ne doute pas que sa contrariété venait de l'accueil que l'on réserve parfois aux étrangers de passage au pays du Mont Blanc. 

La Legette du Mirantin, tout un poême qui donne envie d'aller signer un sommet au si joli nom. Normalement, on n'y va pas tout de suite après la perturb, mais je ne suis pas du coin, je me fout des us et coutumes et j'encape la trace du téméraire qui a soufflé la première à des locaux un poil agacés, prompt à la critique et finalement bien frustré de s'être fait souffler la pente par une si belle journée. Je n'ai dis à personne d'où je venais, ni que mes amis vivent de l'autre côté de la frontière, histoire de ne pas créer d'incident diplomatique, on a assez d'enmerdes avec Donald.

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Au sommet, pas même un bisolet pour nous aérer les aisselles, juste le soleil qui dore nos faces de bien-heureux. Dans cette partie des Alpes, le courant d'air vient plus souvent des skieurs moulés dans leur lycra et qui t'enrhument par deux fois dans la montée, là où nos patins de 115 leur ont tracé une autoroute californienne. On les laisse faire, on se mouche un peu et on laisse glisser nos peaux du mieux qu'elles peuvent à la poursuite de leur cure dents. Peine perdue. Faut dire qu'on n'a pas essayé longtemps, je me demande même si on a essayé...

C'est à la descente que les 115 donnent la pleine mesure et se vangent, débridés et joueurs, limite on les entend couiner et narguer le local qui remonte pour la 3eme, voir la 4eme fois. Le savoyard aime remonter plein de fois dans sa trace, ça doit le rassurer. En les voyant passer, je me demande si le lycra m'irait... à essayer dans une soirée trans peut être.

Nous sommes seuls au lac du Corbeau bien enfouit sous les cuchons de neige de cette fin d'année, nous collons nos peaux pour remonter au soleil et basculer vers la bière. J'adore ces sessions de fin de journée, la lumière est douce et j'ai comme une grosse envie de trainer. 

On dépeaute enfin et on se laisse glisser vers Arêche le long des pentes qui jalonnent les épicéas. Par chez moi, on se serait étalé dans la forêt à la recherche de la plus belle ligne entre les arbres, mais ici tu oublies, le bois du coin est moins joueur que dans le sud. Du coup je me dis que les forêts ne servent que de décors, à faire des bans, des dessous de plat pour les raclettes, et à faire chier les skieurs. C'est décidé, les épicéas sont des cons.

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Ce matin, j'ai comme une grosse envie d'aller voir la tête du lac de Roselend, les Aiguilles de Presset et tout ce qui nous entoure. On file plein O uest, dans l'ombre qui transforme la poudre des derniers jours en autant de feuilles de givre, glaciales et scintillantes, un plaisir pour les yeux, une goinfrade pour le ski, du moins pour le moment... On se fait soufler par une jolie collant pipette, et je trouve subitement le lycra beaucoup plus agréable à l'oeil, presque envie de voir ce que ça donne au toucher. Pour ça, il faudrait que je la ratrappe, mais là... bref. Les deux Pat collés dans mes traces, on se laisse tirer par la lumière sur la crête de Roche Pastrire, et le paysage nous éclate la pupille en technicolor. Putain que c'est beau ! Des pentes spéciales crusing à perte de vue, le lac allangui au fond des lignes, de la neige de rêve... Je retiens l'instant, pas envie de basculer, un peu l'éjaculateur précoce qui se dit qu'il faut qu'il se concentre. Mais je ne tient pas longtemps et on file plein Est à la poursuite de nos spatules, pour une descente qui te laisse croire que tu es champion de monde de descente dans la cake.

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A la fin de la descente, j'ai apercu sont petit cul dans la neige, pas celui de ma cliente mais de ce lérot un peu perdu et pas très discret. Comme j'avais oublié mon casse dalle, je me suis dit qu'une petite brochette de rat me suffirait. Mais bon, juste assez pour l'apéro, et comme on n'a pas pris les bières, on le relâche et on taille la route dans l'autre sens pour aller jouer sur les arête de Pastrire, dans une atmosphère de fin de journée et une ouate transpercée par les derniers rayons. Je trace l'arête dans le givre, je distance mes deux lurons, je me perds exprès, comme une envie d'être seul, de sortir mon sac de couchage et creuser un trou, comme notre pote le lérot, et de me réveiller demain matin sur cette arête assez irréelle.

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J'ai repéré un passage, au moins sur la carte, mais pas sur que ça passe. Alors au lieu de jouer les free rider à 17 h un mois de décembre sur une arête à 2300 mètres, je part devant pour ajuster le tir. Je zyeute, je scrute, je me penche et j'étire le cou, mais rien n'y fait, je ne vois pas si ça passe...fais chier. Je colle les lattes sur mon Réactor flambant et je remonte la pente en mode brasse coulée, et je débouche quelques minutes plus tard sur les spatules de la Patoche team.  Le brouillard nous gobe, la lumière se fait plus que rasante, on taille la route par en bas, dans une poudre qui n'a pas bronchée, au milieu des chalets ventrus qui rentrent les épaules pour soutenir un hiver comme ils n'en n'avaient pas vu depuis longtemps. 

Quelle belle bambée chez mes potes du Beaufortain, au milieu de mes souvenirs, de sensation encrées, des alpages gras, des forêts cossues encore plus belles que dans les dessins de Samivel. L'hiver est encore long, je reviendrai.