What Else ?

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"C'est l'anniversaire de Math, il rêve de passer trois jours seul en montagne avec toi !"..."Euh, es-tu certaine que ce n'est pas trois jours seul avec toi, plutôt ?...j'dis ça, j'dis rien, mais bon...?" Amelie semble sure d'elle, et c'est donc avec mon joli minoi que Math décide de partager trois jours de ski au milieu de nulle part. Aprsè tout, chacun ses goûts. Et qui sait, peut être qu'à mon tour j'aurais envie de passer 3 jours seul avec Amélie pour mon anniv... je demanderai à Mathieu avant quand même.

Alors on bourre les sacs, de saucissons, de fromages, de talons de jambon, de pâtes chinoise et de bières, et nous  filons au refuge de la Coire, au milieu du Beaufortain, la patrie du 65 au patin et du lycra qui boudinne. Nos DPS oranges sont comme des insultes à la sérigraphie des Trab que l'on croise, une déco digne des grandes heures du communisme, une idée de la déconne du sud Tyrol. 

On pose le stock au refuge, on bourre le poêle et file jouer avec le soleil et les cristaux, tous étonnés de nous voir à cette heure ci. Personne, les montagnes pour nous, le pied. On taille nos premières courbes et on agace le crépuscule en repassant devant le refuge sans nous y arrêter, parce qu'il y a cette bosse, là, juste devant, une invitation à l'appuie tranquile. On l'accepte pour queques courbes volées à la lumière. 

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Un bon refuge qui pue le feu de bois, la gamelle pleine de neige, les chiottes moisi et les couvrantes qui grattent, un paradis. Refuge non gardé et montagne hivernale, du luxe, du privilège bien perché mais si facile à partager, il suffit de tout laisser en bas et d'y monter léger. Pas d'électricité, pas d'écran, pas de selfie à couette sur Instagram, seulement l'essentiel. La bière mousse le long de la canette et accompagne une lichette de viande des Grison, un morceau de tomme du Queyras. Du banal en bas, une saveur de guide Michelin ici. On regarde le feu, on disserte, on échange avec 4 jeunes en vadrouille, on prend le temps, on savoure, c'est facile.

Mais bon, on n'est pas là pour faire du caneva devant le canapé rouge de Michel Drucker, et le landemain commence par un bon café soluble à te retourner les boyaux, histoire de se guronzer pour signer les alentours. Il y à cette ligne aperçue hier, du genre qui se cache loin des traits bleus de la carte. On l'approche discretement pour de ne pas l'affoler. On sort la corde, on la teste finement à pieds joints, on tente d'apprécier sa pente, on échange nos doutes, on mate la ligne, les échapatoires, les pièges. Ça sent le bon plan. "Ça joue ?" "Ça joue".  Alors on joue, et on gagne. On est dans le vif du sujet et on laisse faire les spatules, on taille dans la profonde, on se libère, on se régale.  Une fois en bas le soleil se pointe comme pour récompenser notre audace, il nous invite à le suivre. On ne se fait pas prier et on remonte vers une autre promesse, guidés par le relief et les combes bleutées. Un troupeau de cafistes bien moins efficace que les chamois d'il y a peu, trafolle la pente dans la quelle nous remontons, sans regarder les plages de poudre d'à côté, chacun son style. On les laisse brailler et faire de l'écho plus bas pendant que nous gagnons l'arête de la face nord du grand Creyt.

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Enfin de l'action. Je commence à prendre mes spatules à la main pour faire mes conversion, c'est le signal pour caler mes skis sur le sac et remonter la plaque durcie par le vent. C'est raide, j'espère que j'ai fait le bon choix, qu'on ne va pas surfer la face Sud sur la tête. Mais les appuis sont francs, Math cale sont 47 dans les marches, rien ne bouge,  et nous gagnons l'arête qui se dresse jusqu'au sommet. Encore plus raide que la face, elle se fait étroite et file plein ciel jusqu'au sommet, je suis fan, Mathieu se concentre, le kiffe.

Comme bien souvent, une croix défigure le sommet, véstige de nos racines parait-il, ça fait au moins un bon porte manteau. On profite d'un moment plein ciel et sans vent pour bouloter quelques tranches de cochonaille bien sentie et savourer l'instant. Pas besoin de se perdre au fond d'un Fjord ou d'une montagne Ouzbeck pour se sentir privilégié et dépaysé.  Ici, calé entre Albertville, Bourg St Maurice et les plus grands domaines skiables du monde, on se sent comme des pionniers, à des années lumière de la civilisation. Juste nous, nos lattes, la pente, du sauc'. What Else ?

On finit par switcher en mode decsente, on n'habite pas là non plus. On sert nos crochets, on ajuste la languette et on se décide sur l'entrée de la face Nord. Loin sous les 127 de nos spatules, une combe ombragée sans trace, qui retient la neige pour celui qui osera aller la chercher. Math s'engage dans le raide, s'applique, test et glisse jusqu'au spine centrale protégé d'une éventuelle coulée. Je le rejoins, et on file encaper cette incroyable espace vierge, ultime gral de cette journée entre pote. "je vais où ?" "droit en dessous, lâche les chiens !" Pas besoin de répeter, le Yogi file en bas dans de belles courbes gravées dans la profonde, vervolte d'appuis en gavage, tabasse ses cuisses avec un grand sourire, descente magique, sensations de dingue, la récompense de celui qui sort de la trace.

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Un cruising bien smooth nous raménne devant l'âtre du poêle de la Coire, et on regrette de ne pas avoir la cuisse pour s'en refaire une tranche. Mais quand j'y pense, c'est finalement tellement bon de savourer cette pépite bien plus précieuse que le steak de Ribeiry, tellement goutue, tellemnt unique. On en reste là pour aujourd'hui, on va se caler devant le feu, siffler une mousse, refaire des plans, profiter de la vie, personne ne le fera à notre place.

Merci Mathieu pour ces instants précieux, à caler au fond d'une poche, à ressortir comme un trésor au moment opportun. 

Bon ride et gaffe dans le dos.

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